Pendant quelques années, les acteurs du tourisme ont cru s’acheter une virtuosité en plantant des arbres.
Sauf que planter des arbres ne permet pas vraiment de compenser dans l’immédiat, il leur faut plus ou moins 30 ans pour absorber une tonne de CO2, l’équivalent d’un Paris-Athènes. Puis l’action donne bonne conscience aux voyageurs, elle ne pousse pas à une remise en cause de notre mode de fonctionnement et de vie.
« Le voyageur peut se dire qu’il peut voyager encore plus, car il compense pour seulement quelques euros de plus, » analysait pour TourMaG.com, Julien Etchanchu, responsable des pratiques durables chez Advito.
Et c’est sans compter le prix dérisoire de la tonne de CO2, dans les différents programmes de compensation.
De l’aveu de nombreux acteurs du tourisme ce n’était pas la panacée, mais ce geste doit faire le lien entre le ciel actuel et celui décarboné qui est attendu dans les prochaines années, voire décennies (ou jamais).
Sauf que depuis, quelques mois, les articles et études tombent pour contrebalancer le bienfondé de cette démarche. Des chercheurs viennent récemment de clore le débat.
Compensation Carbone : Les crédits fantômes de Verra
Dans le courant de l’été, un rapport de chercheurs internationaux publié dans Science, démontrait l’inefficacité de ce genre de pratique.
En étudiant les projets de crédits carbone développés par les Nations Unies, les scientifiques ont conclu que les organismes avaient tendance à surestimer les risques de déforestation dans certaines régions, pour vendre ensuite davantage de crédits carbone, rapportaient nos confrères de Reporterre.
Une publication qui faisait suite aux révélations du Guardian, en début d’année.
D’après le journal anglais, le plus gros organisme de certification de crédits carbone, Verra aurait quelque peu menti.
« Plus de 90 % de leurs crédits de compensation pour les forêts tropicales – parmi les plus couramment utilisés par les entreprises – sont probablement des « crédits fantômes » et ne représentent pas de véritables réductions de carbone, » dévoilait l’enquête du Guardian.
Seule une poignée de projets de Verra dans les forêts tropicales ont montré des preuves de réduction de la déforestation, quand 94% des crédits n’avaient aucune action. Ainsi, des dizaines de millions de crédits de compensation ont été approuvés sans aucune valeur.
« Les compensations de carbone forestier approuvées par le principal organisme de certification mondial et utilisées par Disney, Shell, Gucci et d’autres grandes entreprises sont en grande partie sans valeur et pourraient aggraver le réchauffement climatique, » révélait l’enquête.
Compensation carbone : couvrir les USA, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie… pour une année d’émission
Une nouvelle étude publiée dans le magazine scientifique Cell vient en remettre une couche.
Pour les scientifiques, si nous devions compenser nos émissions annuelles, alors nous devrions boiser 35 millions de km 2, soit la superficie totale des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Chine et de la Russie.
Et alors que les principales actions de séquestration se concentrent dans les tropiques, couvrir l’intégralité de cette zone, nous permettrait de compenser 1,7 année d’émissions.
« Bien que les plantations en monoculture un service de séquestration du carbone et aient une valeur économique, la biodiversité de ces plantations est souvent inférieure à celle de leurs homologues forestières intactes.
De cette manière, la plantation d’arbres axée sur le carbone exacerbe la perte de biodiversité, en particulier celle des espèces adaptées aux milieux ouverts, » affirme l’étude.
Ce n’est pas tout, ces forêts homogénéisées ont aussi un impact sur la résilience des ces territoires aux aléas climatiques. Les incendies au Chili ont été favorisés par les plantations en monoculture et ont ensuite menacé les forêts indigènes.
A lire : Compensation carbone : arrêtez de planter des arbres !
Arrêter la dégradation des écosystèmes à l’échelle mondiale et restaurer les écosystèmes dégradés et transformés à leur état naturel, et donc restaurer leur diversité fonctionnelle, a le potentiel de séquestrer environ 9 gigatonnes de CO2 par an d’ici 2050. Pour rappel, les émissions mondiales ont atteint 52,8 gigatonnes en équivalent CO2 en 2021.
Pour les chercheurs de cette étude, les politiques aériennes et du tourisme ne devraient pas promouvoir la dégradation des écosystèmes, via des plantations d’arbres.
« Dans l’ensemble, nous soutenons qu’outre la nécessité évidente de réduction des émissions de combustibles fossiles, nous devrions nous concentrer davantage sur la conservation et la restauration des écosystèmes, » conclut-elle.
Compensation carbone : les steaks ou la Grèce, il faut choisir !
Vous l’aurez compris, la compensation n’a que peu d’effets bénéfiques et nous devrions recouvrir une part importante de la planète pour effacer une partie de nos émissions.
Le journal le Monde a lui publier une calculette pour atténuer l’impact carbone de ses voyages en avion, sans passer par la plantation d’arbres. Notre façon de consommer et de vivre est aussi un levier important pour décarboner notre société.
Alors que l’aérien va mettre plusieurs décennies avant de se passer du kérosène, voire même n’y arriver pas tant les biocarburants sont plus chers à produire et à l’achat, voici comment vous pouvez faire table rase d’un vol entre Paris et Athènes.
Un vol entre les capitales grecque et françaises émet 971 kilos de dioxyde de carbone équivalent. Rappelons que pour respecter l’accord de Paris, nous devrions émettre 2 tonnes par n et par habitant.
Ainsi, pour effacer totalement les émissions de CO2 d’un tel voyage, un voyageur devrait baisser son chauffage durant 8 ans et 1 mois ou devenir végan pendant 15 mois, mais encore abandonner la voiture 6 mois dans l’année.
Par contre, si une envie de croquer la grosse pomme vous prend, il vous faudra alors faire de grandes concessions.
La voiture restera au garage… pour 15 mois. Si jamais vous ne voulez pas vous passer de votre véhicule motorisé, vous devrez alors vous priver de steak et de tout autre morceau de viande et poisson pour les 3 années à venir (et 7 mois).
Pour ceux qui ne souhaitent pas prendre sur eux et maintenir leurs habitudes, la meilleure solution reste de réduire ses trajets. La sobriété devra être option sérieuse, pour limiter l’impact de nos déplacements.
« Marcel Proust écrivait que « le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux ».
Passons d’une philosophie du voyage obnubilée par l’amassement de photos de paysage, un tourisme de la quantité, à un tourisme de la qualité, selon les principes de la sobriété heureuse, » expliquait Timothée Parrique, dans une interview pour TourMaG.com.
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